J’y suis, j’y reste !

Le peuple, c’est qui ?

Je me suis souvent demandé qui est   « le peuple ». Ce Monsieur dont tout le monde parle, mais dont personne n’a jamais eu la chance de voir le visage. Enfin, je pense. Je donnerais tout pour voir le visage de ce « Monsieur le peuple ». Prendre juste un verre avec lui, au Titis 1200. Passer juste une heure avec lui. Juste une heure parce que le peuple est quand même une personnalité importante. Et on ne réquisitionne pas une éminente personnalité pendant plus d’une heure si on n’est pas soi-même une éminente personnalité, ce que je ne suis définitivement pas. En Afrique, ce très cher « Monsieur le peuple » fait et défait les rois, qui sont encore appelés selon le pays ou le contexte, « Président », « Excellence », « Père de la Nation », « Père fondateur », etc. Le peuple est cité dans tous les discours et débats de politiques, politicards, politiciens, démagogues et autres activistes. De tous les usages qui sont faits du peuple, celui qui m’intéresse le plus, c’est celui des rois-présidents à vie.

Le contact avec l’Occident puis la colonisation nous a laissé après les indépendances en héritage un cadeau empoisonné, système de gouvernance dit « du peuple, par le peuple, et pour le peuple »,  communément appelé « démocratie ». Seulement, voilà, chacun à sa définition du « peuple », qui peut varier selon les circonstances et les interlocuteurs. La trame argumentaire la plus usitée par les présidents africains voulant s’éterniser au pouvoir et devenir ainsi des rois-présidents à vie, devenue un classique est assez simple : « Je n’ai pas encore terminé mes chantiers »; « J’ai apporté la paix et le développement à ce pays »; « Mon départ déstabiliserait cette nation » ou encore « Je ne peux résister à l’appel du peuple, il a besoin de moi! ». Au point où à l’approche de la fin de chaque mandat présidentiel, on attend patiemment juste le moment où la machine médiatique et communicationnelle va se mettre en marche à grand renfort de lecture pathétique de motions de soutien au journal télévisé, de poses de premières pierres (aussitôt posées, aussitôt oubliées), et d’éléments de langage savamment injectés dans les médias et débats publics pour arriver à la conclusion fatidique : « Le peuple veut de mois… Je reste. En passant, mon petit doigt m’a dit que c’est ainsi que Julien Lepers a été inspiré pour son célèbre « Je reste » dans « Questions pour un champion ». Passons…

A chacun son peuple…

En Afrique, on associe souvent, à tort, ce désir obstiné des dirigeants de  se maintenir au pouvoir vaille que vaille, à la fonction présidentielle. Le fait est qu’en réalité, on retrouve ce refus de passer le flambeau depuis le sommet jusqu’à la base de l’échelle de la société. Le pire cauchemar de la plupart des ministres qui ont fait de leur fonction une profession, c’est de voir leur nom disparaître de la liste laconiquement égrenée à la télévision nationale au prochain remaniement ministériel. Il en est de même des maires, députés et autres sénateurs qui craignent les échecs électoraux comme la peste. Ne sont point exclus les leaders de partis politiques qui ont fini avec le temps par méprendre leur nom pour celui de leur parti après une énième reconduction par acclamation ou par simulacre d’élection à leur fonction.  Mais au-delà de ces postes de responsabilité politique à envergure nationale (avec évidemment les avantages, les honneurs et les espèces sonnantes et trébuchantes qui vont avec), il m’est arrivé d’observer exactement les mêmes phénomènes dans les associations scolaires et universitaires, dans les associations de quartier, dans les regroupements villageois, etc. Le plus drôle et le plus triste, c’est que même à cette échelle, ce sont les mêmes arguments utilisés par les rois-président à vie qui sont réutilisés : « J’ai fondé cette association, elle a encore besoin de moi »; « il n’y a personne de vraiment qualifié pour me remplacer si je quitte la tête de ce club »; « Nous devons réformer les statuts de l’association et je dois rester à la tête pour assurer une transition et éviter le chaos ». Il m’en vient à me demander si  l’attitude tant décriée des hommes politiques africains n’est finalement pas que le reflet d’habitudes courantes dans la société, ou si ce sont ces politiques qui ont fini par déteindre négativement sur la société en affichant ostentatoirement le mauvais exemple. On est en droit de se poser la question. Le fait est que tous ces défauts des leaders politiques africains que nous dénonçons à cor et à cri sont reproduits et observables dans nos ruelles, depuis le vigile de DAB qui « réclame » un pourboire après chaque opération, jusqu’au dirigeant de club de quartier qui refuse d’organiser des élections de peur de quitter la direction du club dont il est le président-fondateur à vie.

Source:http://lauramarietv.com/fr/dossier-special-pourquoi-jai-decide-de-devenir-vegetarienne-cheminement-conclusions-liberation/

Source:
http://lauramarietv.com/fr/dossier-special-pourquoi-jai-decide-de-devenir-vegetarienne-cheminement-conclusions-liberation/

Pour être honnête, les prolongations interminables de mandats des politiques africains m’importent moins que les raisons évoquées pour les justifier. Le scénario fonds de commerce « après moi le déluge » est juste ridicule. Le peuple, qu’on accuse, quand on ne veut pas s’éloigner des tapis rouges, a été le plus souvent consulté d’une manière ou d’une autre pour valider les textes qui limitent les mandats. Ce même peuple est violé au travers de sa Constitution toilettée, déshabillée et raccommodée pour servir les intérêts d’individus qui s’obstinent à ne pas comprendre que passer le flambeau, signe de grandeur d’esprit, ne signifie pas rupture, mais continuité. Un vrai leader se reconnaît en sa capacité de susciter d’autres leaders capables de le remplacer valablement. Un dirigeant qui après dix, quinze, vingt ans, voire plus à la tête d’une marie, d’une province, d’un ministère, d’une association, d’une nation, etc., et qui annonce fièrement que son départ causerait une « instabilité » à selon moi lamentablement et honteusement échoué dans ses fonctions. La marque des grands, c’est de pouvoir dire : « J’ai fait mon temps. J’ai joué ma partition. Je laisse ma place à d’autres pour servir ». En effet, nul n’a le monopole de l’intelligence et du leadership, et comme le dit si bien Clemenceau, « Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables qui ont tous été remplacés ».

…Et à chaque peuple son Baobab !

Il y a neuf ans, jour pour jour, tombait brusquement et lourdement dans mon village un grand baobab aux racines profondes, qu’on disait irremplaçable. Il a été rapidement remplacé par un jeune Baobab, qui a déjà des rêves de grandeur et d’irremplaçabilité. Il ne fallait quand même pas que l’on manque d’ombre sur la grande place du village. Quand j’y songe bien, la devise de mon village pourrait être « J’y suis. J’y reste ! »

 

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Il m'arrive souvent de rêver éveillé, quand je marche.

2 Comments

  1. Khadim 5 février 2014 at 20 h 27 min . Reply

    C’est culturel et à cause d’une chose : on ne respecte que ceux qui ont le pouvoir et ceux qui sont au pouvoir le savent; et surtout ils redoutent l’après-pouvoir car ils trainent tous des casseroles .
    Très belle analyse

  2. DEBELLAHI 9 février 2014 at 18 h 49 min . Reply

    Et pourtant, ils battissent toujours leur système château de cartes, de telle façon qu’après eux, c’est toujours la catastrophe. Un système politique qui ne peut assurer sa continuité, ou générer une alternance pacifique, conduit souvent, en cas d’imprévus, à la pagaille généralisée. Regardez ce qui se passe en RCA, en Somalie, en Libye, etc…C’est triste, et ce n’est pas demain que ça va changer: opportunisme et compromission obligent.

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